vendredi 11 mai 2012

Strasbourg-Vienne à vélo : Salzbourg, une petite musique de Mozart

« M'aimez-vous bien ? »
Mozart, enfant, phrase prononcée à tout venant


L'arrivée à Salzbourg

Autriche, terre promise des deux voyageurs, se dévoile enfin à nos yeux. Le passage de l'Allemagne à la terre autrichienne se déroule sous les roues de nos vélos sur une passerelle étroite qui offre un bref instant le spectacle d'une symphonie de tons verts.


A gauche, l'Allemagne ; à droite l'Autriche


Salzbourg, ville quasi frontalière, était une étape fixée d'avance sur notre carnet de route. Première vision marquante de la ville, sur un contrefort se dresse les remparts de la forteresse de Hohensalzbourg, point de repère idéal qui permet à chaque moment de s'orienter dans la ville.


La forteresse des princes-archevêques


Une fois arrivés à Salzbourg, nous nous enquérons du chemin du camping, mais une fois encore le vélo de Rémy émet des signes de fatigue, quelques rayons explosent à nouveau, nous voilà sur la pelouse d'un parc à devoir le réparer (euh, le voilà qui répare tandis que je l'assiste, que je l'admire …). Il est absorbé par sa tâche, concentré à l'extrême, lorsqu'un grand bruit résonne à ma droite, suivis par l'explosion des pleurs d'un enfant. Une jeune femme vient de faire une chute à vélo à quelques pas de nous, elle tractait une remorque dans laquelle reposait ses deux garçons, celle-ci est renversée et le plus petit pleure à chaudes larmes. Nous aidons la femme sous le choc, visiblement tendue et stressée, nous consolons les enfants, plus de peur que de mal heureusement. Rémy tente de réparer mais c'est impossible, l'attache de la remorque est tordue. Le père de la jeune mère appelé à la rescousse embarque ses petits enfants ainsi que la remorque tandis que la femme repart vaillamment sur son vélo.
Nous atteignons le camping en fin d'après-midi, celui-ci est à l'écart de la ville, au pied de collines verdoyantes. C'est une belle surprise, le camping est vaste, bien entretenu et d'une grande propreté.



A la poursuite de Mozart


Rémy avait commandé plusieurs rayons pour son vélo à Munich mais il s'avère qu'ils n'avaient pas été coupés à la bonne taille. Le lendemain de notre arrivée, nous recherchons en fin de matinée un réparateur avant de prendre le déjeuner ensemble. J'entame un petit tour de la ville dans l'après-midi.

La fortune de la cité est liée à celle des princes-archevêques. Le plus célèbre d'entre eux, Colloredo, ne doit la plus grande part de gloire qu'à l'ombre ternie qu'il porta sur l'immense célébrité de Mozart. Traité sans cesse avec mépris, considéré comme un simple domestique, humilié, celui-ci s'en va, bien aidé, paraît-il, par un vigoureux coup de pied au derrière du secrétaire de Colloredo. Coup de pied particulièrement efficace puisqu'il propulsa Mozart et sa musique vers l'éternité, que celle-ci résonne lors d'un festival qui se tient chaque été à Salzbourg alors que le musicien détestait cordialement sa ville natale, trop provinciale à son goût, manifestant peu d'intérêt pour la musique et l'art en général. Le nom du Mozart sert aussi désormais à vendre du chocolat, des liqueurs ; son génie musical ne se contente plus de faire vibrer nos oreilles, le son s'est diffusé, s'est métamorphosé pour se savourer directement dans nos palais jusqu'à l'ivresse ;-)


Juste à côté de l'office du tourisme, sur la place Mozart, ô divine surprise, une statue de … Mozart


Au dessus d'un ange


J'avance vers la Residenzplatz, au milieu de laquelle une fontaine, ornée de chevaux, de tritons et d'atlantes aux corps ployés, séparées par des roches et de vastes coupes, projette vers le ciel une gerbe magnifique d'eau blanche écumeuse, qui vient s'unir brièvement à ses frères-nuages pour replonger avec frénésie vers la source.



Fontaine ardente


Je me dirige vers la cathédrale de style baroque. Les sculptures des portes ont pour thème la Foi, l'Espérance et la Charité. Au centre du vaste dôme resplendit une discrète colombe blanche au milieu de grands éclats de couleur or.


Le Saint Esprit


En sortant, je me dirige vers la place de la cathédrale, sur laquelle se dresse une colonne de la Vierge, avec dans ses mains l'enfant Jésus, futur crucifié. Le parvis est encombrée d'une scène, ainsi que de rangées de sièges pour les spectateurs. Tandis que je marche, une musique tombe des cieux, comme une pluie qui s'accentue au fur et à mesure de mon avancée. Je tends l'oreille, depuis les nuages s'épanche un orchestre invisible dont les notes souveraines envahissent l'espace. Je reconnais le morceau, c'est la symphonie 40 en sol mineur, mouvement Allegro Assai, qui s'abat comme une immense tourmente autour de moi. Je marche, tandis que les bouffées de violence, de colère s'abattent en cascades tumultueuses. Les contrastes musicaux marqués, exacerbés par les violons tendus à l'unisson délivrent la tonalité sombre du passage. Deux brèves accalmies interviennent, dans lesquelles plane une tension interne, mais à chaque fois, les vibratos frénétiques des violons reprennent  la course poursuite vers les abîmes. La pluie diluvienne de notes éclate autour de moi, le tumulte intérieur en quête de soulagement gronde, le sentiment de colère du monde contre l'injustice plane. Lorsque les instruments se sont tus, je ressens autour de moi le souvenir d'une furie qui a explosé dans les cœurs, comme un feu d'artifice de colère, un bouillonnement de sang vif.

J'entre dans le cimetière Saint Pierre, dans lequel des grilles de fer forgé délimitent les caveaux dans lesquels reposent les morts. S'élève alors des tombes la messe de Requiem en ré mineur. Les bassons puis les cors de basset de l'Introitus commencent à donner la tonalité sombre, ténébreuse de l'ensemble. Puis la prédominance du chant s'affirme, le chœur entonne sa prière en latin :


« Seigneur, donnez leur le repos éternel,
Et faites luire sur eux la lumière sans fin »


En contrepoint, le chant soprano monte, les accents tragiques, tourmentés s'imposent. Dans le Kyrie, les voix graves et aiguës, masculines et féminines, s'entrelacent, se fiancent, s'épousent dans une fugue éperdue, un halètement, un grand cri de pitié, une supplication vive se projette vers les cieux.
Une lumière douce dont je ne percevais ni le début ni la fin, semblait sourdre des tombes, se répandre dans l'air. Aucune peur ne m'agite devant ce chant d'angoisse devant la mort, dont la beauté exalte la borne nécessaire de l'homme, nous incitant simplement à nous souvenir de l'amour que nous avons voué à nos chers disparus. Lueur éternelle, apaisée des morts sur nous, resplendissement du passé. Nulle résurrection des corps, mais communion éternelle, immanente dans le présent à travers le souvenir qu'ils ont déposé en notre âme. Leurs actes, leurs pensées, leurs choix, leurs aspirations vibrent au fond de nous, à travers les années et les siècles. Leur souffle spirituel nous anime, une chaîne invisible, impalpable, inexorable est tendue vers nous, nous liant pour l'éternité.

Je continue mon chemin, visitant l'abbatiale Saint Pierre, attenante au cimetière ainsi que l'église des Franciscains. Au cours de cet après-midi, vision de la très belle statue d'un faune


Un Faune dans l'après-midi

Je m'engage dans la Getreidegasse, très belle artère du centre de Salzbourg. La rue piétonne est étroite, bordée de maisons aux belles enseignes de fer forgé, très animée. Au n°9, la maison natale de Mozart.


Getreidegasse


Je croise d'innombrables passants, touristes comme moi ou habitants de la ville, hommes, femmes, enfants, je les frôle, Bang Bang il me semble percevoir leurs battements de cœur frénétiques, désordonnés, ne sachant quel sens donner à leur vie. Le chaos s'organise, devient une marche cadencée, accélérée, les palpitations qui se succèdent à allure vive donnent la cadence de la sonate pour piano n°11 en la majeur, 3ème mouvement Rondo alla Turca. Les battements de cœur des passants et les miens s'enchâssent dans le mouvement joyeux de la sonate, les doigts d'un musicien invisible percutent chacun d'entre nous à un rythme effréné. Comme des percussions de tambourins délicats, des tintements de clochette allègres, les notes enjouées résonnent depuis nos poitrines dans l'espace. Pas de pesanteur militaire dans cette marche, un esprit moqueur, taquin déploie la grâce d'une musique aux accents toniques ; une pulsion de vie dynamique, légère, fantaisiste s'exhale miraculeusement du choeur que je forme avec les passants pour danser puis s'évaporer dans les cieux.
Par de petites ruelles, je me rends vers le couvent Nonnberg qui se situe dans les hauteurs, juste à côté du château qui domine la ville. Je redescends, je vais sur l'autre rive de la Salzach, cours d'eau qui traverse  la ville, pour me rendre vers la colline opposée dénommée Kapuzinerberg. Alors que je monte les escaliers, voilà que retentit en moi les accents du concerto pour piano n°21, mouvement Andante. Mon coeur résonne comme les accords du piano, chacun de ses frissons est empreint d'une gravité suave, d'une tristesse contenue, noble, majestueuse. Les cordes, les instruments à vent invisibles viennent entamer un dialogue délicat, esquissent de légers frôlements d'angoisse vers moi mais mon coeur-piano s'interpose, maîtrise les éléments pour imposer avec douceur ses vibrations sereines, célestes.



Vue de Salzbourg depuis la montagne des Capucins



La trépanation secrète


Je laissais la visite du château pour le lendemain. Mauvaise idée, dès le réveil, une pluie incessante a commencé à barrer l'horizon. Toute la journée, les nuages gris-noirs succédèrent aux nuages gris-noirs, pas une seconde d'accalmie, sinon que la pluie baissait parfois en intensité mais pour reprendre de plus belle sa mitraille continue, vive et drue depuis les cieux. Rémy et moi prîmes notre mal en patience, passant le plus clair de notre temps dans le restaurant, désoeuvrés, parlant comme peuvent le faire deux amis de très longue date de tout et de rien, échanges intellectuels et affectifs. Je lisais un livre qu'il m'avait conseillé de lire. Il parcourait  la presse populaire autrichienne, il m'apprit que la scène sur la parvis de la cathédrale était dressée pour la représentation de la pièce « Jedermann » de Hugo Von Hoffmannstahl, qu'on peut traduire par « Tout un Chacun », « N'Importe Qui », qui se tient chaque année lors du festival de Sazbourg depuis 1920. Les journaux rappelaient toutes les versions successives les plus célèbres et marquantes de la pièce, s'interrogeant sur celle qui allait être représentée. Le personnage principal appelé Jedermann se retrouve soudain face à la Mort qui veut le confronter à son Créateur. Il a besoin d’un témoin de sa bonté mais ni sa famille, ni son meilleur ami ne veut l’accompagner ; seules ses Bonnes œuvres et la Foi le réconfortent, acceptent de l'accompagner le sauvant ainsi des griffes du Diable. La pièce m'a semblé d'un symbolisme chrétien très chargé mais elle est très populaire, c'est un grand honneur que d'être désigné acteur de "Jedermann". J'étais un peu navré par la morale de la pièce : à titre personnel, j'aurais témoigné pour Rémy ...
Le ciel, immense manteau épais, étouffant, menaçant, continua à délivrer les trombes d'eau. La colère du ciel semblait démesurée, sans fin. Depuis le début du voyage, je voyais que mon ami était préoccupé, tourmenté, ce qui m'attristait ; passé, présent et futur s'emmêlaient en lui sans qu'il puisse en dénouer les fils. Ce soir là, il fut pour la première fois du voyage obligé de dormir sous la tente en raison de la pluie. J'acceptais de dormir à la belle étoile lors des étapes intermédiaires, mais dès que nous étions dans les campings, je préférais m'endormir sous la barrière protectrice de la tente de couleur bleue tandis qu'il continuait à vouloir trouver le sommeil dehors, à la clarté lointaine de la Voie Lactée. Je suis fasciné par la trépanation que dut subir Guillaume Apollinaire pour soulager ses maux de tête interminables après une blesssure de guerre, je décidais que pour allèger les peines de mon ami, il me fallait pratiquer cette opération, qui consiste à pratiquer une ouverture perforatrice dans la boîte cranienne pour soulager l'hypertension.


J'ai attendu qu'il s'endorme profondément. J'ai sorti de mes affaires un petit burin ainsi qu'un marteau achetés la veille, je me suis approché de sa tête, j'ai éclairé avec ma lampe frontale et j'ai commencé à entailler l'os, à marteler sur le sommet de son crâne rasé comme le mien, en pratiquant une découpe circulaire. J'avançais avec beaucoup de précaution, quelques minuscules fragments s'envolaient comme des copeaux de bois, je les mettais de côté pour les remettre ultérieurement à leur place. L'opération manuelle nécessite une minutie d'orfèvre, un doigté extrême. A un moment donné, Rémy a esquissé un mouvement, je pensais qu'il allait se réveiller, je cessais de respirer, angoissé à l'idée d'être interrompu mais j'ai l'avantage qu'il a un sommeil de plomb, il a simplement adopté une position plus confortable.
L'opération était terminée, le cercle était d'une perfection miraculeuse, je me suis servi du burin comme d'un levier, j'ai soulevé l'os crânien. La tente était plongée dans une pénombre à peine troublée par la lueur qui émanait de mon front. Agenouillé, j'ai contemplé le lobe pariétal qui scintillait, les neurones dessinaient des entrelacs somptueux, énigmatiques, pareils à des constellations d'un reflet doré, pâle et délicat alors que le pluie soudainement plus apaisée résonnait par arpèges, pianotait en sourdine sur la mince toile bleue tendue au dessus de nous qui battait comme une aile d'ange parcourue par les frissons du vent. Je retenais mon souffle par instant, j'entendais les vagues bruits de la nuit au dehors tandis que sa respiration se mêlait à cette rumeur, s'écoulait en cadence, soulevant avec légèreté sa poitrine. Je voyais s'échapper depuis les synapses ses pensées, ses rêves, comme des bulles impalpables, diaphanes qui tournoyaient miraculeusement dans l'air. Chat griffu, j'ai essayé de les attraper mais en vain, elles éclataient en mille autres morceaux plus petits qui revenaient avec douceur reprendre place dans sa tête. Dans l'une de ces bulles, j'ai vu le reflet de trois gorgones aux longs cheveux noirs ondulants, au regard de fièvre, insatisfait, je soufflais sur elles, elles disparurent comme de la poussière d'étoiles. Rémy continuait à dormir du sommeil du juste.
Il me fallut lentement remettre en place la partie de l'os que j'avais enlevé, raccommoder avec précaution chacun des fragments qui s'étaient détachés. Je voyais les bords du cercle cicatriser en rougeoyant. L'opération fut-elle un succès ? Il fut plus détendu, beaucoup plus apaisé pendant la deuxième partie du voyage, mais peut-être s'était-il simplement habitué à moi … En garda-t-il une trace ? Je ne saurais vous le dire, Rémy me domine en taille de 24 cms, je n'arrive jamais à voir le sommet de son crâne ;-)


Sérénade pour vous endormir


Avant que ne vous tombiez dans les bras de Morphée, je vous souhaite à tous une bonne nuit et vous offre cette petite musique avant de vous endormir. Petit éclat musical léger, aérien, intense édifié patiemment note après note par l'arrière petit-fils d'un maçon qui résida dans la cité sociale de la Fuggerei à Augsbourg.

Petite dédicace à un fils de plâtrier, de la part d'un fils de peintre en bâtiment ;-)
Et joyeux anniversaire

Petite musique de nuit du grand Mozart

lundi 7 mai 2012

lundi 23 avril 2012

La Nouvelle Zélande sous le signe du volcan (3)

Jogging, Kiwi, Geysers et Concerto de mouettes

Mardi matin, j'avais pris la décision de courir. Je me suis réveillé plus tôt, je suis allé en direction d'une forêt à la lisière de Rotorua « Redwoods ». J'ai couru le long de vastes routes vers ma destination à une allure modérée. Arrivé devant la lisière, j'ai marqué un temps d'arrêt, j'ai pénétré par un sentier étroit mais je n'osais pas m'aventurer trop loin, de peur de m'y perdre. Compte tenu de mon sens de l'orientation, je suis capable de commencer ma course en Nouvelle-Zélande et de me retrouver à la fin de celle-ci sur le GR 20 en Corse ;-) J' entrais dans les bois par un chemin de traverse, je trouvais rapidement un chemin parallèle à la grande route par laquelle j'étais venu, j'en sortais pour entrer à nouveau. Souvenir d'une futaie de très hauts arbres, ici les fougères verdoyantes rivalisent de hauteur, dépassant largement leur taille traditionnelle, j'avais un sentiment d'écrasement sous le dôme verdoyant immense, vertigineux qui se déployait au dessus de moi. Sur le chemin retour, je tentais quelques accélérations mais je sentais que je n'étais pas réellement en forme, je manquais de souffle.

Pendant que Katrine et Martine vaquaient à d'autres occupations, je suis allé visiter un dernier parc, le « Te Puia » situé au sud de Rotorua. Au delà des fumerolles, des mares de boue, des cratères auxquels j'étais désormais habitué, j'ai pu admirer le symbole, avec la feuille de fougère, de la Nouvelle Zélande, à savoir l'oiseau « kiwi » dont le nom est emprunté au terme maori « kivi-kivi ».


Kivi-kivi

Rubrique le saviez-vous

"Le kiwi est-il un oiseau ou un mammifère ?"

Étrange animal que voici, classé dans l'espèce des oiseaux alors qu'il partage un grand nombre de similitudes avec les mammifères. Son plumage ressemble plus à une touffe de poils qu'à des plumes traditionnelles, ses ailes sont inexistantes et relèvent davantage de moignons de bras, ce qui l'empêche de voler. Sa température moyenne de corps de 38 ° est bien plus proche de celle des mammifères que de celle des oiseaux, qui est en règle générale plus élevée. Il a un odorat développé, comme la plupart des mammifères. Pourquoi demeure-t-il un oiseau ? C'est essentiellement lié à son bec extrêmement long qui lui permet de fouiller le sol à la recherche d'insectes, de fruits, de grenouilles, et à son mode de reproduction, puisque la femelle pond des œufs que le mâle couve pendant deux à trois mois. Vous connaissez ces célèbres œufs de consistance verte, vous les avez forcément goûtés au cours de votre vie …

Œufs de kiwi à maturité ;-)

Celui du parc « Te Puia » se trouve dans une maison maorie plongée dans l'obscurité, puisqu'il vit essentiellement la nuit. Il se tenait près d'une large vitre dans un espace naturel recomposé, une lumière violette éclairait la pièce, je l'ai vu enfouir son bec dans la terre, fureter un long moment dans le sol. Il a levé les yeux un bref moment, regardant dans ma direction à travers la glace, mais il ne percevait sans doute pas ma présence.

Je continuais mon chemin, je me dirigeais vers une passerelle en bois tandis qu'à gauche, je distinguais un grand poudroiement blanc, vaporeux qui planait au dessus d'un paysage rocheux. Cette fumée est le signe de l'activité permanente de deux geysers, « Plumes du Prince de Galles » mais surtout celui du « Pohutu », plus grand geyser en activité de la Nouvelle Zélande, qui signifie explosion en maori. Au moment précis où je m'engage sur la pont, le « Pohutu » bien nommé explose, jaillit avec une force redoutable à une vingtaine de mètres, diffusant dans l'air nuageux de la matinée une vapeur encore plus épaisse ainsi que des milliers de gouttelettes, dont certaines retombent inexorablement vers moi pour effleurer ma chair, me rafraîchir.

Explosion du Pohutu

Je suis allé sur un promontoire situé à une petite distance des geysers pour admirer ce phénomène géothermique une deuxième fois. Au moment de l'éruption, le vent a soufflé jusqu'à moi pour déverser sur mon visage une infime humidité vivifiante, vestige du grand tumulte, de l'immense bouillonnement intérieur de la terre volcanique.

Dans l'après-midi, petite visite de Rotorua. Après une longue déambulation dans les rues du centre-ville, je me suis dirigé vers le lac, avec pour intention de prendre en photo les nombreux cygnes noirs qui peuplent les rives. J'avais emporté avec moi deux morceaux de pain pour les attirer. Ils flottaient, ondulaient sur les flots légèrement agités par le vent, le duvet noir de leurs grands flancs se détachant nettement sur la surface de l'eau assombrie par les nuages. Au moment où je distribuais le pain, l'un d'entre eux est sorti de l'eau, se dandinant sur ses palmes, il a déployé ses ailes dans toute leur envergure, j'ai observé que sous le plumage noir et lisse, les plumes cachées situées à l'intérieur des flancs étaient blanches. J'avais encore un morceau de pain, je remarquais que non loin de là reposaient sur l'herbe un nombre impressionnant de mouettes. J'ai marché vers eux ainsi que vers le plus beau souvenir de mon séjour.

Je lançais une bribe de pain qu'une mouette s'empressa d'attraper en plein vol. Comme par enchantement, une nuée de trente, quarante mouettes se dressa devant moi, je me retrouvais médusé face à un mur volant, chanteur qui s'égosillait, psalmodiait, palpitait en réclamant avec énergie la nourriture que j'avais entre les mains. Je voyais distinctement le bout de leurs ailes frétiller à une vitesse incroyable pour rester suspendues à mi-hauteur. Certaines d'entre elles se sont approchées à une distance tellement courte que j'ai pris peur avant de réaliser que je ne risquais rien. Je leur jetais la mie de pain en variant les trajectoires, tir tendu, en cloche, passe courte ou longue, à chaque fois l'une des mouettes l'attrapait avant qu'elle ne touche le sol puis s'en allait plus loin. Voletant à deux mètres pour les plus proches, je percevais dans leurs minuscules yeux noirs l'attente folle de mon don, du jet de l'aliment dans l'espace ; l'appétit féroce pour la nourriture, le désir intense de vie brûlaient leurs prunelles. Je choisissais souvent au hasard, mais lorsqu'il m'arrivait parfois de capter un regard encore plus intense, plus vibrant que les autres, je lançais le pain dans sa direction. Au fur et à mesure, je découpais des morceaux de la miche de plus en plus petits pour faire durer le plaisir.

Notes volantes dans le ciel

Les oiseaux devenaient des notes sur des lignes de musique aériennes, ondulantes, elles s'animaient pour faire résonner un hymne enchanteur à la gloire de la volupté de la faim, je me transformais en musicien soliste face à un orchestre, donnant l'impulsion, l'inflexion décisive à des violonistes célébrant l'ardeur de l'existence ...

Soudain, plus de pain, instantanément les mouettes sont retournées se reposer sur l'herbe, me dévisageant simplement du regard pour voir sans doute si je n'allais pas ressortir une autre miche de mes poches, mais elles étaient vides. Je m'en allais.

Patrick nous a invité le dernier soir au restaurant, repas très sympathique, festif, rempli de fous rires. Nous avons terminé la soirée chez un de ses amis néo calédonien qui habitait comme lui à Rotorua.


Passez la commande de l'amitié, svp

Face au mur

Le lendemain, Katrine et moi sommes partis à Auckland en taxi. Nous avons laissé Martine à Rotorua, qui est encore restée dans cette ville quelques jours de plus. Nous repartions un jour après en Nouvelle Calédonie, et nous voulions également voir le concert de Roger Waters. Le trajet fut plus long qu'à l'aller car le chauffeur récupéra d'autres voyageurs sur le parcours, il se retrouva englué dans le trafic à l'approche de la grande ville et il eut du mal à trouver l'hôtel dans lequel nous allions demeurer une seule nuit.

Terry nous rejoignit en fin d'après-midi, nous nous sommes mis en quête d'un restaurant. Au cours du repas, j'évoquais la scène de la veille avec les oiseaux avec Terry. Cela lui remémora une scène de son enfance, il nous raconta qu'il s'amusait avec son cousin à attacher deux morceaux de nourriture par un fil de pêche très fin, quasi invisible, et à les lancer simultanément à deux mouettes pour les voir attraper chacune une extrémité, tirer à hue et à dia, observer leurs vols complètement désordonnés, leurs mines totalement déconfites ne comprenant pas ce qui se passait … Un sourire malicieux illuminait son visage, une lueur espiègle dansait dans ses yeux de vieil homme à l'évocation de ce souvenir de farce enfantine.

Le soir, Katrine et moi sommes allés au concert de Roger Waters, membre fondateur du groupe Pink Floyd, principal compositeur-interprète du groupe mythique. Le concert était ancré sur la reprise du succès phénoménal de l'album « The Wall » de 1979.

Juste avant le concert

L'idée d'assister à ce concert était venue de Katrine, excellente idée car le spectacle fut magnifique, d'une grande qualité visuelle et sonore. Je n'ai jamais vu une scénographie aussi imposante. Au début, un avion accroché au plafond de la salle vient s'écraser dans un grand fracas sur la scène, le reste fut tout aussi spectaculaire. Lentement, pendant la première partie, les techniciens édifient un mur, brique par brique, derrière lequel les musiciens disparaissent. D'immenses marionnettes gonflables, représentant les personnages du film « The Wall » se déploient lentement, s'animent grâce à une technique d'une infime précision, puis se replient et disparaissent. S'élèvent les notes de deux chansons marquantes de l'album, « Another Brick in the Wall » chantée par Roger Waters avec un choeur d'enfants qui vient défier la marionnette géante, ainsi que « Goddbye Blue Sky » avec les images d' avions vrombissants qui éjectent des bombes. Le mur qui se construit sert d'écran à des images de guerre, de regards intenses qui fixent la salle ou de visages qui se décomposent.

Tristesse et Désolation
Le concert est un manifeste anti-guerre, mais il ne cesse d'employer les images des guerres d'Irak et d'Afghanistan. Roger Waters fait le lien entre ces dernières et le décès de son père qui mourut lors de combats pendant la deuxième guerre mondiale, image qui l'a marqué à tout jamais. Le visage du chanteur apparaît derrière le mur dans une dernière chanson avant que l'ultime brique ne se pose et que l'entracte ne retentisse. Dans la deuxième partie du concert, le spectacle devient plus intimiste, il chante en solo devant ce mur où se déploient des images sombres, grises ou rouge-sang. A un moment donné, il s'approche du mur, l'effleure, celui-ci explose en myriade de couleurs, qui me rappellent toutes celles des paysages captées pendant le séjour.

Jaillissement de couleurs sur scène

Le célèbre cochon cochon noir des concerts de Pink Floyd, maculée de symboles capitalistes et communistes, plane dans la salle. Les images du film par séquences complètes défilent sur le mur. J'avais vu le film d'Alan Parker, je ne l'avais pas tant apprécié que cela, mais les mêmes images dans le cadre du spectacle projetées sur un mur géant prenaient une toute autre dimension.

La scène très connue des marteaux marcheurs

A la fin, le mur s'effondre sous une constellation de confettis et d'applaudissements …

De la Nouvelle Zélande vers la Nouvelle Calédonie

Le lendemain matin, avant le départ dans l'après-midi, pendant que Katrine faisait ses emplettes, j'ai visité brièvement Auckland. L'hôtel était situé en face des docks, le centre historique était peuplé de petits gratte-ciels, l'hôtel lui même en était un puisqu'il comportait plus d'une quarantaine d'étages. La chambre offrait une vue panoramique plongeante et superbe sur la baie.

Quelques heures plus tard, l'avion d'Air Calin, immense cygne majestueux, a décollé, nous transportant d'une terre nouvelle à une autre, notre esprit désormais illuminé par le souvenir des couleurs des paysages, de la féerie du concert et des heures passées à célébrer l'amitié.

dimanche 22 avril 2012

Information de la plus haute importance

J'ai accompli mon devoir d'électeur, ce matin à 9 h 53, avec 10 heures d'avance par rapport à la métropole ...

dimanche 8 avril 2012

La Nouvelle Zélande sous le signe du volcan (2)

Le lendemain, fidèle à la messe puis au rendez-vous de l'amitié, Patrick, notre pilote et guide est venu nous emmener au Wai-o-tapu, dans sa berline BMW 525 i de couleur bordeaux. Il était toujours en livrée impeccable de chauffeur, c'est à dire en jogging ;-)






Patrick et sa berline : la classe, what else ? …

Wai-o-tapu : L'oeuvre colorée d'un artiste

La merveille thermale de Wai-o-tapu est encastrée dans une grande réserve naturelle au sein de la région volcanique de Taupo. Ici comme ailleurs, fumerolles, cratères, piscines d'eau et de boue chaudes et froides, mais dans un délire de couleurs. La très grande variété de couleurs est due aux composants chimiques naturels : jaune - soufre, orange - antimoine, blanc - silice, vert - arsenic, rouge-brun – oxyde de fer, noir – soufre et carbone, violet - manganèse.
Avant d'aborder le panorama coloré, nous passons devant « les encriers du diable », série de cratères dans lesquels les morceaux de graphite noir et de pétrole liquide remontent à la surface. S'y dessinent d'étranges et belles lignes, arabesques mouvantes, ondulantes, fugitives et constamment renouvelées, s'unissant momentanément aux autres, se brisant, se décomposant pour renaître à nouveau. Moralité : Le diable est séduisant ;-)
La beauté du diable

Tout à coup, vision d'un espace dénommé « La palette de l'artiste », immense terrasse où les couleurs ont une variété de teintes incroyables, où les couleurs changent en fonction de la température, du niveau d'eau de la piscine qui jouxte cette zone, de la direction du vent … Ici la Nature, infatigable artiste, puise dans cet infini éventail de couleurs pour composer chaque jour une nouvelle œuvre dans le monde, s'en va au gré du vent déposer avec son pinceau le vert sur les plantes, les arbres, se condenser dans l'émeraude, projeter le jaune sur les citrons mûrissants, s'allier au soleil radieux, danser sur les ailes des papillons, propulser l'orange sur les fruits, chatouiller les poissons clowns et s'évaporer dans les flammes.



La palette de l'artiste : « La beauté de l'ange »

Nous traversons la terrasse sur une mince plateforme en bois, tandis que s'étagent à notre gauche des terrasses en silice, qui sont des répliques miniatures des Terrasses roses et blanches détruites. Nous descendons un chemin pierreux qui serpente le long de petites falaises, avec des cratères emplis de sédiments qui jalonnent le chemin. Un mince filet d'eau nous accompagne, qui grandit au cours de la descente pour se déverser en petite cascade ruisselante et sonore dans les eaux d'un vert amande du lac de Ngakoro. Quelques montagnes esquissent leur profil au lointain, composant un doux panorama.
Nous remontons vers les terrasses lorsque Katrine aperçoit une cigale reposant sur une terrasse de silice, mal en point mais frétillante encore de vie. Cette cigale semblait s'être littéralement baignée dans une cuve de couleurs de Wai-o-tapu, d'étranges motifs jaunes et verts ornaient son corps, avec un immense M arrondi qui trônait en évidence sur son thorax. Les composants chimiques des terrasses l'avaient sans doute étourdie, nous l'avons laissée sur un petit bosquet, peut-être s'est-elle abandonnée à la mort, fatiguée, résignée ou a-t-elle lentement repris vie, prête à se gorger, à se draper à nouveau dans les couleurs chatoyantes des jours ...

Cigale aux couleurs de Wai-o-tapu

Les sentiers forestiers mènent vers de magnifiques plantations d'arbres à haute voûte et qui recueillent dans leurs ramures les habitats de nombreux oiseaux tels que les étourneaux et méliphages, leurs chants guillerets scintillaient dans la douce langueur de la fin de la matinée.
Vers la fin de la visite, passage au bord de la piscine de Champagne, source d'eau circulaire de 60 mètres de profondeur, avec de fines bulles dues au dioxyde de carbone qui explosaient en surface et une épaisse fumée qui ondoyait en surface pour s'éclipser vers les cieux.

Champagne et bulles pour Martine et moi

Dernière vision avant la sortie, le cratère du « Bain du diable » aux contours déchiquetés dans lequel rayonne une eau naturelle d'une couleur somptueuse, d'un vert anis ce jour là. Plus l'eau est verte, plus il y a d'arsenic et donc plus le diable reluit d'espérance ...

Le bain du diable : L'espoir des profondeurs

Nous sommes ressortis pour prendre un verre à la cafétéria et partager nos impressions. Nous allions repartir, lorsque Patrick, couché sur un banc en bois qui jouxtait la grande table hexagonale devant laquelle nous étions attablés, fut le témoin d'une vision extraordinaire qu'il partagea avec nous. Il regardait en direction du soleil qui dardait ses rayons en plein début d'après-midi, et grâce à la protection de ses lunettes noires, il avait perçu le spectacle des milliers de grains minuscules de pollen qui avaient envahi l'espace. Je me suis mis sous une poutrelle de bois pour éviter l'éclat du soleil et à travers le toit ouvert, ils étaient effectivement perceptibles, ils composaient un paysage extraordinaire se détachant nettement du ciel bleu azuré. Dentelle délicatement ciselée striant l'espace, infimes étoiles de jour mouvantes, les poussières de pollen volaient rêveusement au gré du vent. Fines, scintillantes, elles tourbillonnaient dans l'espace puis arrivés à un certain point, elles semblaient miraculeusement s'élever, aspirés vers le disque solaire, prêtes à aller se jeter, s'embraser et fusionner dans le feu du jour.
En suivant l'habitude prise dès la première journée, nous sommes allés l'après-midi nous baigner dans les piscines thermales de « Waikite Valley ». Les bassins utilisent les eaux naturellement bouillonnantes de sources chaudes, qui se déversent à partir de gouttières taillées dans la pierre. Nous y étions déjà venus la veille mais cette fois-ci, Patrick ne nous avait pas prévenus que nous allions nous rendre directement à la piscine après la visite, Katrine, Martine et moi avons été obligés de louer un maillot de bain. Le mien était en forme de short, constitué d'une partie centrale en tissu, et de larges pans bouffants. La première fois que je m'engouffrais dans l'eau, des poches d'air se formèrent qui éclatèrent en produisant des bulles d'air et … des bruits pour le moins incongrus et gênants ... Deux Néo Zélandais me regardèrent en souriant … Le ridicule ne m'ayant pas tué, je décidais de recommencer et je me suis amusé de temps en temps à entrer dans l'eau pour créer ces bulles riantes et sonores …
Nous nous sommes lancés dans de grandes discussions avec Patrick. Je le trouvais de plus en plus sympathique, un large sourire illuminait toujours son visage, il nous raconta quelques histoires amusantes avec une formule que je trouve inoubliable : « Je rêvais de le faire une fois, je l'ai donc fait plusieurs fois ». Sa ferveur religieuse m'intriguait, il était adepte des visions millénaristes qui prédisent des changements, des bouleversements exceptionnels pour l 'année 2012. Il nous a fait part de trois visions qu'il aurait eu selon laquelle l'euro allait connaître une grande crise puis disparaître, que ce serait la fin définitive de la pension qu'il recevait et que les armées russes alliées aux nations arabes allaient profiter de la désorganisation pour envahir l'Europe. Je suis athée, je crois que le futur ne s'établit pas en fonction des désirs d'un Dieu transcendant mais des probabilités contenus dans le présent, des choix que les individus réalisent au fur et à mesure. Je lui ai prédis que la fin de l'euro était possible mais non souhaitable, que les pensions allaient perdurer en cas de crise profonde même si leur niveau relatif pouvait baisser, que la vision d'une guerre mondiale opposant les Européens, les Russes et les Arabes appartenait à l'ordre du délire le plus complet. Je lui ai donné rendez-vous non pas dans dix ans ... mais dans un an pour vérifier si la réalité allait donner gain de cause au croyant, convaincu que celle-ci est influencée en permanence par une nécessité divine, ou à l'homme de raison, pensant que le monde s'infléchit en fonction de nos actions et d'un déterminisme simplement humain.

Les rives de Taupo : Chutes, Vol du Canard Affamé et Ecume

Excursion le lendemain vers les rives de Taupo, le plus grand lac de Nouvelle-Zélande. Terry, un ami de longue date de Katrine, est venu nous rejoindre, il nous a offert du poisson fumé excellent et des huitres que nous avons dégustés en fin de journée, accompagné d'un vin néo-zélandais d'une grande finesse. Il était retraité, occupait autrefois des fonctions plus ou moins équivalentes à celle de garde-forestier d'après ce que j'ai cru comprendre et il était un passionné de la chasse ; j'ai discuté avec lui durant tout le trajet mais j'avais souvent du mal à le comprendre en raison de son accent néo zélandais très prononcé, je me contentais d'acquiescer à ce qu'il disait et de temps en temps, j'intervenais lorsque je comprenais quelques mots …

Patrick et Katrine à gauche, Martine et Terry à droite

Nous sommes arrivés en fin de matinée pour faire un trajet en jet, mais il n'y avait plus de place, nous avons été obligés de réserver pour la fin de l'après-midi. Nous en avons profité pour aller admirer les chutes de Huka, « Huka Falls ». Depuis un petit belvédère, vue extraordinaire sur cette cascade, puissante déferlante d'eau d'une couleur bleue acier, d'un débit impressionnant, qui bondit, rebondit dans un grondement sourd le long d'un gouffre étroit en produisant une mousse d'écume jaillissante, qui vient bouillonner en surface ou se fracasser, se déchiqueter sur les falaises.

Huka Falls
Nous avons fait provision dans un magasin spécialisé de miel de manuka, le miel des Maoris, connu pour ses vertus médicales et ses propriétés antiseptiques. Après avoir pris un déjeuner léger, en attendant l'heure du jet, nous avons fait une petite croisière sur le lac Taupo, petit trajet au regard des dimensions du lac, long de 40 km et large de 30 km, affichant une surface de 625 km². Je scrutais la rive qui s'éloignait, tandis que les turbines dans les profondeurs invisibles actionnaient les deux hélices, qui tournoyaient en produisant deux sillages d'étoffe d'écume blanche, ondoyante et soyeuse qui se perdaient vers les lointains sous le soleil, semblables aux deux ailes délicates d'un ange.
Ce lac est réputée pour ses truites brunes et arc-en-ciel, des concours nationaux ou internationaux de pêche y ont lieu régulièrement. Le bateau nous a emmenés jusqu'à des falaises où on peut admirer quelques sculptures maories taillées dans la roche, représentant des animaux et le « Taniwha », protecteur du lac, images créées à partir des légendes locales.

Sculptures maories

Au retour, une hôtesse du bateau nous a gratifié d'un très beau spectacle. Elle a découpé un petit morceau de mie de pain, elle l'a tendu le long de sa main depuis la cabine avant du deuxième étage du navire. Rapidement est apparu un canard, qui volait avec énergie vers la nourriture, battant avec fureur des ailes pour capter le pain. Au moment où il s'approchait, il ralentissait, les battements d'aile devenaient moins violents, seules les extrémités vibraient frénétiquement, il planait, essayait de rester à hauteur, revenant parfois en arrière pour redoubler d'efforts, tendant désespérement son cou pour atteindre le quignon tant espéré, les yeux fixés sur sa proie, qu'il a fini par attraper dans un dernier effort.

Bientôt la récompense …

Il s'est posé dans les vagues ondoyantes laissées par le passage du bateau, dégustant le pain chèrement acquis. L'hôtesse nous a proposé de faire de même à notre tour, nous nous sommes mis sur le ponton arrière. Dès qu'il voyait notre main se tendre, l'oiseau s'élevait, battait des ailes avec énergie, il comblait rapidement les quelques centaines de mètres qui nous séparaient pour réclamer la nourriture, mais cette fois-ci il se contentait de voleter à quelques mètres, il savait instinctivement, habitué au flot de touristes, que nous n'aurions pas la patience de l'hôtesse et que nous lui lancerions tôt ou tard son trésor pour qu'il puisse s'en régaler.

La croisière terminée, nous nous sommes rendus au site de « Huka Jet ». Les responsables de la compagnie nous ont prêté une tenue imperméable, un gilet de sauvetage et de grandes lunettes, nous ont donné les consignes lors du tour en jet boat : « Interdiction de se lever, obligation de se tenir aux poignées ». Nous avons rapidement compris pourquoi, le jet une fois lancé atteignait une vitesse incroyable, passant à quelques centimètres d'obstacles artificiels, semblait parfois se diriger sur les branches d'arbres qui plongeait leurs extrémités dans la rivière pour les éviter au dernier moment. Le coeur se met à battre plus rapidement au rythme effréné de la course du pilote. Parfois, le bras tendu, il esquissait un petit cercle avec son index, signe qu'il allait effectuer un tour complet, le jet vrombissant tournoyait alors sur lui-même, l'eau éclaboussant nos lunettes.
Apothéose de la ballade, le jet se rend juste en contrebas des chutes de Huka, dont les flots écumants se déversent avec furie dans la rivière. Trois fois, il s'est lancé dans les flots déchainés, réalisant des tours complets au sein de ce tumulte, l'écume voletait autour de nous dans la grâce et la démence la plus complète, comme une fin de monde enchantée.

dimanche 1 avril 2012

La Nouvelle Zélande sous le signe du volcan (1)

Ah, Rotorua … Son immense lac frémissant sous le vent, avec ses cygnes noirs majestueux flottant à sa surface … Son célèbre « Polynesian Spa » classé dans les dix meilleurs spas du monde, où vous pouvez vous délasser en admirant un paysage grandiose … Ses restaurants accueillants qui vous délivrent une chair appétissante et goûteuse … et ... Son ineffable odeur d'œuf pourri qui vient chatouiller vos narines, qui s'approche délicatement pour faire guili guili dans vos trous de nez charmés de cette visite surprise et d'un tel honneur ;-)

S'il vous arrivait un jour d'être kidnappé à l'aéroport d'Auckland en Nouvelle Zélande, d'être mené pieds et poings liés vers la ville de Rotorua, les yeux et les oreilles cachés par un large bandeau, vous serez capable de déterminer immédiatement que vous vous trouvez dans cette ville en raison de l'odeur typique qui plane dans les rues, celle du soufre qui se dégage de l'activité géothermique intense dans la région. Parfois, en fonction de la direction du vent, la senteur peut être particulièrement vive. La ville se trouve dans la région de Bay of Plenty dans l'île du Nord, avec de nombreux geysers et mares de boue chaude. Le nom de « Rotorua » est d'origine maorie et signifie « Deuxième Lac » car bien qu'il soit le plus grand des 17 lacs de la région, c'est seulement le deuxième lac découvert par l'ancêtre explorateur d'une tribu maorie. Moralité qui me convient parfaitement, le plus grand n'est pas toujours le premier ;-)

Martine, Katrine et moi avons pris un taxi depuis Auckland, un vieux chauffeur avenant nous a emmené pour un trajet d'environ trois heures jusqu'à notre destination. Petite pause café, et arrivée en fin d'après-midi au motel « Fern Leaf »
 Nous sommes allés déambuler dans les rues du centre-ville alors qu'un petit marché local déployait ses stands en début de soirée. Sur le chemin, vérification d'une vérité : les Néo Zélandais ont une origine anglaise, ils roulent aussi à gauche. En traversant une route, je contrôle l'absence de véhicule, je m'engage quand à tout à coup à ma droite, je vois débouler une grosse berline, venue du diable-vauvert, qui me klaxonne … Je songe : »Qu'est-ce qu'il fout là, cet imbécile » … Puis je réalise que j'ai regardé instinctivement du mauvais côté, c'est bien moi l'imbécile ;-)

Nous avons fait provision de fruits succulents au marché, prunes, pêches, abricots, que nous allions dévorer le soir même ainsi que les jours suivants. Avant d'aller nous coucher, détour vers le spa du motel, petit bassin rectangulaire emplie d'une eau chauffée aux alentours de 38°, verte et odorante, dans une pièce peinte aux motifs d'oiseaux et de différentes espèces de fougère de Nouvelle-Zélande. Oubli des fatigues du voyage …

Journée des Lacs, du Village Enseveli et de l'Enfer

Première journée de visite des alentours de Rotorua. L'excursion, ainsi que celle des jours suivants, s'est déroulée sous l'égide de Patrick, ami néo-calédonien de Katrine et ancien steward retraité de la compagnie UTA. Il était surnommé « Le Prêtre » par ses amis néozélandais en raison de sa ferveur catholique, de fait les visites commencèrent toujours après 10 heures et la messe qu'il suivait scrupuleusement chaque matin.

Direction le Lac Vert, puis le Lac Bleu. Petit arrêt pour admirer ce dernier, sa surface lisse miroitait à une centaine de mètres en contrebas. Je suis descendu le long d'un chemin très escarpé pour m'en approcher, de la végétation dense s'élevait le son strident, aigu de milliers de cigales invisibles qui striaient l'air. Mais au delà d'une certaine limite, le chemin devenait impraticable, je n'ai pas pu atteindre les rives du lac. En remontant, j'ai observé attentivement les nombreuses fougères verdoyantes, « ponga » en maori, arbres atteignant plus d'une dizaine de mètres au sommet desquels se déploient en palmes les branches de fougère. La Nouvelle-Zélande a deux emblèmes, l'oiseau kiwi, mais aussi la célèbre silver fern (fougère d'argent) qui orne les maillots des All Blacks. Sur certaines tiges se dessinaient les « korus », nom maori de la fronde de fougère jeune enroulée sur elle-même qui se déplie progressivement au cours de sa croissance. Le motif du « koru » est utilisée dans la sculpture et le tatouage néo-zélandais, il est symbole de vie, d'espoir, de renaissance. Il évoque l'enfant replié en boule dans le ventre de la mère, prêt à se dénouer pour affronter le combat quotidien de la vie.

Ponga

Koru

Le cœur reverdi par l'espérance née de la vision des korus, nous sommes allés rendre visite à un couple d'amis néo zélandais de Katrine. Ils étaient absents à notre arrivée, nous en avons profité pour nous promener le long d'un sentier qui serpentait autour d'un lac. Tout à coup, un oiseau caché derrière les ramures d'un arbre lança une trille de quatre notes, de tonalité très différente et mystérieusement accordés comme les notes d'une guitare. Quatre fois la pulsation cristalline, le chant de joie profond de l'oiseau-guitare s'étendit vif et tranchant dans le silence, comme les ondes soulevées par le jet d'une pierre sur une surface d'eau lisse, pour venir se ficher sur les rives de mon cerveau, son reflet brillant à tout jamais dans le minerai immatériel du souvenir. Joncs et hortensias ponctuèrent notre marche, puis retour en arrière.
La maison de Chris et Barbara était magnifique, juchée sur une petite hauteur dominant le lac, offrant un panorama somptueux sur celui-ci depuis la grande baie vitrée du salon. Elle trônait au dessus d'un jardin attifé d'arbustes, de plantes vertes drues, de fleurs blanches, violettes et rouges. Les Néo Zélandais sont très attachés à la question environnementale, la maison construite dans le matériau naturel du bois constituait un parfait exemple de ce souci, ses murs bruns étaient en parfaite symbiose avec un très beau« liquidambar » dans la cour, arbre au tronc large, aux feuilles caduques dont on tire l'ambre liquide. Nous avons pris le thé alors qu'une petite pluie fine pianotait sur les grandes vitres disposées dans l'habitation. Chris, très fier, nous a montré un cadre dans lequel étaient disposées trois photos avec un plan identique de la maison et de l'arbre à soixante années d'intervalle ; ils se développaient de concert, la maison s'agrandissant, s'embellissant tandis que le liquidambar passait du statut d'arbuste frêle à celui de vieillard protecteur aux larges frondaisons, aux feuilles foisonnantes comme mille mains aimantes. Nous profitâmes d'une petit éclaircie pour prendre congé de nos hôtes.


Patrick nous dirigea vers le Village Enseveli. Il s'agit des vestiges retrouvées de « Te Wairoa » qui fut enterré après la violente explosion du volcan du mont Tarawera dans la nuit du 9 au 10 juin 1886, sous une pluie de cendre noire, des tonnes de pierre, de boue brûlante et de lave incandescente. Plus de 150 personnes périrent dans l'éruption volcanique, qui détruisit également le site des « Terrasses Blanches et Roses », fine architecture thermale considérée comme une merveille du monde et qui attirait des touristes en très grand nombre. Les eaux de ces terrasses débouchaient d'un vaste cratère puis s'écoulaient le long d'un vaste escalier de bassins en silice, en se déployant en vaguelettes circulaires au sein de chacune d'entre elles. L'eau, au fur et à mesure de son épanchement semblable à une fontaine le long d'une grappe de nuages roses et blancs changeait de couleur en même temps qu'elle refroidissait, bleu intense saphir au sommet, bleu pâle azur en contrebas. Les images des Terrasses Blanches, considérées comme plus belles que les Terrasses Roses, m'ont fait penser au site de Pamukkale en Turquie.


Peinture des Terrasses Blanches

Les cabanes déterrées semblaient très fragiles, prêtes de nouveau à s'effondrer. Dans les vitrines à l'intérieur étaient disposées les vestiges de la vie quotidienne retrouvées dans les fouilles, bouilloire, peigne, etc... J'ai le souvenir de lettres émouvantes disposées sur les bornes tout au long de la visite, adressées par une certaine Margaret à sa famille en Angleterre qui relataient le drame vécu par les villageois.
La pluie commença à se manifester à nouveau avec force, nous accélérâmes naturellement le pas. J'eus le temps d'admirer une cascade très belle qui déferlait le long d'une falaise, échevelant dans le vent les écumes légères et dansantes de ses ondes sous la pluie battante qui nous mitraillait.


Le fervent catholique Patrick souhaita alors nous guider vers l'enfer, ses flammes et ses horreurs … Et nous voici devant « La Porte de l'Enfer », site volcanique de la région ; il en émergeait une fumée de soufre impressionnante, les vapeurs blanches méphitiques se diffusaient vers les alentours. Tel Dante, j'entre, les yeux fixés sur mes pensées, dans les entrailles de ce monde inquiétant, composé de petits cratères volcaniques boueux, de mares d'eau bouillonnante, de fumerolles épaisses. Témoignage d'un survivant de l'Enfer : il est puant, sombre, d'une chaleur très élevée dans les fossés écumants, vous vous promenez entre quelques points de vue tels que le Bain du Diable, le Chaudron du Diable et la Gueule du Diable (Lucifer semblait avoir fui à mon approche, je ne l'ai jamais croisé ...). Étrangement, je commençais à m'habituer à l'odeur du soufre qui m'importunait moins que la veille ... J'en suis ressorti, je me suis dit : Où est le Purgatoire ? Où est le Paradis ?


Le chaudron du diable : Qui cuisait à l'intérieur ?

Nous sommes rentrés au motel, et après une petite sieste en ce qui me concerne, direction « Le Polynesian Spa » de Rotorua. Embarras du choix entre une vingtaine de bassins d'eau chauffée entre 38 ° et 42 °, avec une vue imprenable sur le lac immense de Rotorua. Nous sommes passés de piscines en piscines, discutant sereinement dans la fin de l'après-midi. Délassement du corps après les petites marches de la journée. Une pluie fine s'est déversé sur nous, et tout à coup un arc-en-ciel complet est apparu à l'horizon, ses deux socles plongeant dans les eaux du lac, puisant dans les profondeurs aquatiques, les algues et les poissons, les nuances de ses couleurs.

Sur le chemin du retour retentirent les bruits de percussions. Ce son provenait d'un groupe de musiciens de tambours japonais qui étaient en pleine répétition, nous pûmes les écouter pendant un petit quart d'heure. Nous étions assis en face d'eux, et lorsqu'ils jouaient à l'unisson, les vibrations sonores semblaient transpercer notre corps, remuant chacune des parcelles de nos organes. L'enseignante japonaise insistait particulièrement sur la gestuelle, la musique s'accompagne d'une chorégraphie précise, rigoureuse. Les deux genoux légèrement pliés, elle donnait une très grande amplitude à son geste et déployait ses deux mains munies des baguettes derrière sa tête avant de venir frapper vigoureusement la membrane de l'instrument.

Boum Boum Traduction en japonais ?

La Vallée Volcanique du Waimangu : Cratères Bouillonnants et Cygnes Noirs

Le lendemain, direction le Waimangu, vallée volcanique formée de cratères apparus après l'éruption du mont Tarawera en 1886. Nous descendons le long d'un sentier botanique, au son des cigales dont le chant s'était mis en sourdine par rapport à la veille, il résonna en contrepoint de notre excursion en douce complainte tout au long du chemin. Depuis un point de vue panoramique s'est offert à nos regards le cratère Echo et le lac Frying Pan (poêle à frire) qui occupe la surface de ce cratère. C'est le plus grand lac d'eau chaude du monde, sa température moyenne est de 55 °, le gaz carbonique et l'hydrogène sulfuré s'élèvent en vapeurs de sa surface, donnant l'impression qu'il est en train de bouillir. J'ai appelé à voix haute le cratère par son prénom : Echo Echo Echo ... Les vibrations ont rebondi sur la surface bouillonnante, sa réponse m'est parvenue comme un boomerang, fiévreuse, brûlante, haletante ... Erhan Erhan Erhan ;-)

Echo et Frying Pan


Le lac déborde en ruisseau d'eau chaude à une température d'environ 50 °, et la descente le long de la vallée s'effectue devant le spectacle enchanteur de ses berges. Ici, les minéraux divers s'allient aux mousses et aux algues pour donner le spectacle d'une peinture naturelle, mouvante aux couleurs orange, marron, verte et jaune.

Toile impressionniste

Un peu plus bas, le lac du cratère Inferno, d'une couleur bleue azur rayonnant sous le soleil intense de la journée, blotti au pied de grandes falaises sur lesquelles s'agrippaient vaillamment quelques arbustes. Lorsqu'il déborde, il peut atteindre des températures de 80° et renferme un immense geyser, mais qui ne peut être vu car il se manifeste à l'intérieur du lac.

Nous sommes arrivés sur un chemin plus plat, de magnifiques paysages ornaient le parcours, les algues de couleurs extraordinaires s'emmêlaient aux délicates terrasses de silice en miniature. Une multitude de mousses, de fougères et de lichens se développent le long des sources d'eau chaude dans les conditions climatiques idéales.
Nous voilà devant le lac Rotomahana. Il est véritablement né de l'éruption de 1886, bien que deux petits existaient dans la zone qu'il occupe actuellement. Sa surface est vingt fois supérieure à celle des lacs antérieures, et la visite de la vallée s'est terminée par une croisière apaisante de trois quarts d'heure. Nous nous sommes assis à la proue du navire. Au loin, on voit distinctement le fameux volcan Tarawera, une couche de nuages comme une fumée évocatrice de l'ancienne éruption semblait s'être déposée juste au dessus de celui-ci … La végétation et la faune s'étaient lentement réappropriés cet espace après l'explosion, ce lac constitue désormais une magnifique réserve naturelle, notamment pour les oiseaux. La montée des eaux avaient recouvert les anciennes Terrasses roses et blanches. La croisière se déroule au rythme des explications du commandant de bord. Le bateau s'est approché de la rive constituée de falaises fumantes, avec des fumerolles qui s'échappaient de la terre brûlante. L'eau qui bouillonnait dans un minuscule cratère a tout à coup explosé en un très beau geyser d'une hauteur de deux mètres.

Nous revenions vers le point de départ, deux cygnes au plumage noir voguaient paresseusement devant nous. Nous nous approchions lentement, ils se mirent à accélérer, battant furieusement des palmes sous l'eau, le sillage qu'ils laissaient derrière eux s'élargissait nettement. Leur col gracieux ondulait de plus en plus sous leurs efforts et les vagues d'eau qu'ils provoquaient. Malgré cela, le bateau continuait à s'avancer inexorablement vers eux lorsque tout à coup, ils déployèrent leurs vastes ailes pour s'envoler vers le ciel qui les attendait.

L'envol des cygnes noirs

dimanche 25 mars 2012

En attendant l'élection présidentielle

J'ai été absent un long moment du blog. J'avais pris une dizaine de jours de vacances pour aller en Nouvelle Zélande et j'en avais profité par la suite pour faire une petite pause pour l'écriture d'articles. Lorsque j'ai souhaité m'y remettre, j'ai joué de malchance : Tout d'abord, à la suite d'un violent orage, mon modem a explosé (les installations électriques ne sont pas toujours aux normes ici, j'en ai déjà fait l'expérience puisqu'en achetant une machine à laver, je me suis pris au départ quelques coups de jus, en raison de l'absence d'une prise terre ….). Je n'ai pas été le seul dans ce cas, et il y a eu une petite pénurie de modems sur le territoire. Après avoir enfin pu réaliser l'achat du Graal et effectuer les branchements nécessaires, j'ai commencé la rédaction d'un article sur mon séjour en Nouvelle Zélande, que je prévoyais de réaliser en trois parties. Vendredi, deuxième fâcheux contretemps informatique, alors que je m'y étais attelé depuis près d'une semaine et que j'étais quasiment au bout de mes peines, mon article a mystérieusement disparu des entrailles d'Internet, avalé sans doute par un dragon vorace en quête de nourriture numérique ... Pourtant, je suis certain de ne pas l'avoir supprimé. Et tout aussi étrangement l'un de mes derniers articles s'était dupliqué en deux exemplaires, alors que je n'y avais pas touché dernièrement !!!

Grrr … Grrr … Grrr ...

Après un petit temps d'attente et de prières (vaines, en l'occurrence) pour que mon article réapparaisse à nouveau, me voilà reparti au combat ;-)

« Cent fois sur le métier, remettez votre ouvrage »...Il va donc falloir que je reprenne cet article une deuxième fois … Je me suis décidé à écrire au préalable mes articles sur Openoffice et à en faire un enregistrement sur une clé USB désormais. En attendant, ce petit article sur les élections que je prévoyais de réaliser au cours de cette semaine.

A Wallis-et-Futuna, la campagne électorale a été animée. Toutefois, l'échéance présidentielle ne soulève guère d'enthousiasme, la métropole et ses préoccupations semblent très éloignées des Océaniens. L'élection qui mobilise l'attention ces dernières semaines est celle de l'assemblée territoriale. Les électeurs ont été appelés aux urnes aujourd'hui dimanche 25 août 2012 pour le renouvellement de l'assemblée territoriale.

Ces élections se déroulent tous les cinq ans, et actuellement au même rythme que l'élection présidentielle. Il existe cinq circonscriptions électorales, trois à Wallis avec Hahake, Mua et Hihifo à laquelle j'appartiens, et deux à Futuna avec Sigave et Alo. L'assemblée sortante était dominée par une majorité d'élus du centre-droit, présidée depuis cinq ans par Pesamino Taputai.

J'ai eu l'occasion de discuter avec deux de mes collègues au sujet de ces élections. L'une d'entre elles m'a expliqué que s'il existe des tendances politiques affichées sur certaines listes, celles-ci restent très peu déterminantes dans les votes. Si vous appartenez à une grande famille, vous serez forcément sollicités pour appartenir à une liste, car le vote recoupe des critères claniques et familiaux. Elle regrettait l'absence de jeunes capables de maîtriser les dossiers complexes, le territoire est en net déclin avec une diminution de 2 000 habitants en 8 ans, il ne peut offrir d'opportunités de développement. Le thème de la vie chère a été l'un des moteurs de la campagne, comme pour les autres collectivités d'outre-mer. Elle me disait qu'au final, pour l'élection du président par les élus, les alliances se nouaient toujours au centre.

Il existe un curieux mélange mélange entre une tradition républicaine de vote, où les voix de chaque individu compte, et la coutume locale qui fonctionne toujours par clan, par village. La campagne s'est déroulé à la télévision, où chaque candidat a été interrogé sous le contrôle du CSA mais elle s'organise aussi et surtout autour de réunions en fin d'après-midi ou en soirées dans les villages avec l'inévitable kava accompagné des danses traditionnelles. Pour un métropolitain tel que moi, il est difficile d'effectuer un choix, en l'absence de tout programme affiché et de presse d'opinion qui présenterait les choix de chaque candidat.

Comment et pour qui me suis-je décidé à voter ? Une collègue de travail, wallisienne de souche, est passé dans mon bureau pour m' annoncer qu'elle avait vu mon nom sur la liste électorale de la circonscription du Nord. J'avais fait le changement de carte électorale en fin d'année dernière. Un grand nombre de mes amis ne l'ont pas fait, ils se contentent de voter par procuration aux élections présidentielles. La collègue n'était pas totalement désintéressée, son mari figurait en deuxième position sur l'une des listes. Je l'ai interrogé en souriant sur l'orientation politique de chacune des listes, car une seule d'entre elles affichait clairement la sienne sur les bulletins électoraux que j'avais reçu. La tendance politique de la liste qu'elle soutenait me convenant, je lui ai promis de voter pour sa liste. De plus, la tête de liste était une femme donc tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles ;-) Mon ami Anthony, qui appartient à la circonscription du centre et qui ne vote pas pour les mêmes candidats, s'est fait démarcher par Internet.

Vendredi, alors que je m'apprêtais à partir, que je fermais les volets de mon bureau, j'entends quelqu'un frapper à la porte, la tête de Malia s'encadre dans la porte et avec un sourire malicieux, elle me lance « N'oublie pas d'aller voter !» M'estimerait-elle distrait ?
Je n'ai pas oublié ...

J'ai donc fait mon devoir d'électeur ce matin. Il y avait une quantité de pick ups impressionnante sur le parking du bureau de vote, l'ensemble des candidats déléguant des personnes pour surveiller les modalités de vote. Particularité des bulletins, ils sont très colorés car les plus âgés sur le territoire sont illettrés, seule la couleur peut leur permettre de faire leur choix au moment du passage dans l'isoloir, et ils sont ornés de dessins tels que falé, pirogue traditionnelle, tanoa,...

Quelle est votre couleur politique ?